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Réalisateurs & Graphistes

Ils se sont engagés sur le projet « 11 »…

Scénaristes, réalisateurs, créateurs graphiques, ils sont pas moins de 15 artistes à ce jour, à s’être impliqués dans l’élaboration du film « 11 ». D’autres les rejoindront dans un proche délai, pour compléter ce collectif qui par le trait et la couleur construira et animera l’univers des écrivains combattants choisis.


Eric Wantiez

Il est à l’origine du projet « 11 ». Sa passion pour la littérature et ces oeuvres d’écrivains combattants en particulier, mais également pour l’animation, le cinéma et le monde de l’image s’exprime d’abord dans la sonorité (une voix chaude et grave), la gestuelle (quelques brassages de manches) puis le propos sincère et réfléchi. Une passion, un caractère authentique qui se révèlent dans l’écriture du film.

Il est né et à vécu dans le Nord, sur ces terres imprégnées de la mémoire de la Grande Guerre et dont les émanations semblent alimenter le subconscient de ceux qui s’y attardent.

« …11 parle de la guerre de 14-18. Mais 11 n’est pas un film de guerre : c’est un film de mémoire. Pas par devoir, non, mais par envie. J’avais envie qu’on n’oublie pas que de très grands écrivains, jetés dans la fournaise de la Grande Guerre, nous ont livré leurs témoignages dans des livres bouleversants. J’avais envie qu’on les écoute encore et, mieux, qu’on les entende. Peut-être même, qu’on les comprenne… Au cas où… »

E. Wantiez

Concepteur et co-scénariste du film « 11 ».

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Claude Chauvat

L’écriture d’un film tel que « 11 » suppose à la fois un engagement passionné pour le sujet, la littérature dont s’inspire le film et une aptitude à se retirer du verbe littéraire, le contourner, l’observer pour mieux le servir et le transmettre dans une nouvelle construction : le scénario. Une épreuve d’humilité et de créativité pendant de longs mois qui forgera au final une narration et des images mais dont la performance impose le relais à l’instar d’une course d’athlétisme. Claude prend le dernier « bâton ».

Son expertise de la production audiovisuelle, du développement éditorial auprès de partenaires publics ou privés puis ses missions de conseils et enfin son expérience d’auteur scénariste en fiction et dans l’animation lui confèrent un ancrage solide dans la perception et la communion de l’écrit et de l’image. A ce potentiel s’ajoute une profonde motivation imprégnée d’une histoire familiale et toujours aiguisée par la curiosité et le goût du challenge.

« Lorsque François Bernard m'a présenté "11" et m'a proposé d'en être co-scénariste, je l'ai rejoint car la qualité intrinsèque du projet et son ambition réveillèrent en moi la résonance d'une histoire familiale enfouie, profondément marquée par cette "grande guerre". Puisque nous avons reçu les témoignages d'augustes auteurs, emblématiques de bien d'autres anonymes, nécessité nous est faite de les transmettre à notre tour, au moyen de ce merveilleux conteur qu'est l'animation. »

C. Chauvat

Co-scénariste du film « 11 ».

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François BERNARD

« Porter le film « 11 » en qualité de producteur est une implication forte dans la conception du projet, la recherche des référents littéraires, la prospection des artistes, la direction de l’écriture.

C’est aussi une implication qui, à l’instar de la plupart des artistes engagés sur le film « 11 », est motivée par une sensibilité personnelle. Celle d’une mémoire familiale attachée à cette génération aujourd’hui éteinte et dont le témoignage s’inscrit dans le film « 11 » par le biais des récits littéraires.

En introduisant le point de vue d’un enfant parmi ces témoignages vécus, c’est une part de nos souvenirs et de nos interrogations qui donne sens à la notion de mémoire.

F. Bernard

Producteur et coscénariste.

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Raoul Servais

Le Sage

Raoul SERVAIS et l’animation, c’est une rencontre exceptionnelle, façonnée pendant de nombreuses années par la fascination de l’image animée, l’exploration et l’expérimentation, l’expression d’une grande sensibilité artistique et la générosité d’un homme qui ne cesse de créer, de former et transmettre sa passion à des générations d’artistes.

Je le rencontrais pour la première fois, à son domicile près d’Ostende, sa ville natale. Une charmante et chaleureuse demeure flamande, plantée au milieu d’une plaine où rien ne fait obstacle aux vents marins et à l’intense lumière grise du Nord. Sur le pas de la porte, Raoul me désigne le seul relief à observer. La masse cubique et grise d’un petit blockhaus allemand à peine enlisé dans la terre grasse d’un champ labouré. Sinistre vestige des deux guerres modernes qui ont meurtri ce pays. Raoul a vécu la dernière. L’évocation de la Grande Guerre le fascine. Je lui propose de participer au projet « 11 » et d’adapter un récit de Max Deauville. Un sourire lumineux éclaire son visage.

« Habitant à quelques kilomètres du front de l’Yser où, durant mon enfance je découvris les vestiges des tranchées et fortifications de la première guerre mondiale, je fus impressionné par l’atmosphère insolite des lieux et me passionnai depuis lors pour cette période de notre histoire.

Récemment, durant l’écriture d’une série télévisée pour un projet à tourner en vues réelles et se rapportant à des événements paranormaux survenus durant ce conflit, je reçus la bonne nouvelle que l’on m’invitait à participer au projet « 11 ». On me proposait de mettre en image un épisode de « La Boue des Flandre » de Max Deauville, auteur que je connaissais par son poignant et authentique témoignage.

Par un heureux hasard, je travaille donc à deux projets se rapportant à la guerre 14-18 et mettant en valeur les performances des pigeons militaires dans ce conflit mondial. »

R. Servais

Coscénariste, réalisateur et auteur graphique de « Le Sage », récit adapté du roman de Max Deauville, « La Boue des Flandres ».

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Bénédicte Galup

La Tombe de Dompierre

Nous nous sommes rencontrés à Montréal sur la production des « TRIPLETTES de BELLEVILLE ». Son expérience et sa persévérance ont alors permis d’éviter bien des ornières ; elles se révèlent également lors de notre collaboration sur « Kirikou et les Bêtes Sauvages » qu’elle réalise avec Michel Ocelot. Sa sensibilité artistique et personnelle me confirme son inclination à s’engager sur le projet « 11 » et particulièrement sur le récit de Blaise Cendrars.

« Cette guerre mondiale là, elle était terminée bien avant que je naisse. Une autre entre temps avait à nouveau marqué les esprits familiaux. Parce que les générations suivantes auraient bien le temps de découvrir le moche, l’horrible et le triste s’il s’en déclenchait une nouvelle, à la maison, on ne racontât jamais que les anecdotes « souriantes » de ces périodes tourmentées.

Bien loin de l’Histoire factuelle enseignée à l’école, dans les récits des auteurs de « 11 » comme celui de Cendrars, il y a les silences pudiques des miens. Si j’ai l’audace de les mettre en scène aujourd'hui, c’est que je pense ne pas les trahir en utilisant l’art de l’animation pour dire à ceux qui voient le jour en temps de paix que dans les théâtres des guerres les pièces qui se jouent ne sont jamais des comédies, mais des tranches de vie. »

B. Galup

Réalisatrice de « La Tombe de Dompierre », récit adapté du roman de Blaise Cendrars « La Main Coupée »-

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Serge Ellissalde

L'Affiche

Il est de ceux dont le CV donne mal à la tête, long comme un jour sans pain, avec son cortège de courts, de moyens, de longs métrages, de séries, de pilotes, de pubs, de clips, de spéciaux, qu’il réalise, écrit, design ou anime et parfois tout ou presque …pour enfin révéler d’une phrase anodine, qu’il a fait tout çà sans jamais l’apprendre que par lui même. Banal ???…jusqu’au moment ou l’écran s’illumine de son travail !!! Dès le début du projet « 11 » Serge choisit « La Peur » de Gabriel Chevallier car dit-il

« ….Cet écrivain s’inscrit en effet dans une famille de pensée dont je me sens proche, et dont mes goûts de lecteur m’inclinent souvent (Oscar Panizza, Marc Stéphane, Alfred Jarry, Pierre Mac Orlan). Mais plus largement , cette œuvre envisage aussi l’acte de création selon des principes que j’ai déjà affectionné dans mes précédents travaux de cinéaste : celui d’une certaine causticité ou d’un second degré, le goût de la caricature de mœurs et de l’humour satyrique plutôt que du pathos et du bon sentimentalisme. A ce titre, sa manière de traiter d’un sujet aussi grave et polémique que la guerre, fût elle éloignée aujourd’hui de nous d’un siècle, reste évidemment parfaitement d’actualité et garantissait pour moi la possibilité d’envisager un travail d’adaptation dans laquelle je pourrais m’impliquer comme réalisateur avec une connivence vraie. »

S. Ellissalde

Réalisateur et auteur graphique de « L’Affiche », récit adapté du roman de Gabriel Chevallier « La Peur »-

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Eunice Alvarado

Education d'un Homme : 1917

Les Beaux Arts, section BD, et l’animation se conjuguaient surtout au masculin lorsqu’elle intégra en France ce monde de l’image. Par ses racines américaines et espagnoles solidement plantées dans la culture française, Eunice développe un regard créatif à la fois distancié et imprégné de cette diversité.

Elle l’exprime dans son écriture, son trait, ses couleurs et leurs mis en scène. Le genre et le format de la série d’animation qu’elle a beaucoup pratiqué ne peuvent révéler tout le potentiel et la sensibilité artistique d’Eunice. Sa capacité et sa motivation à créer et explorer d’autres horizons sont à la mesure de son potentiel artistique.

Dans le projet « 11 », elle décide de s’appuyer sur le support littéraire de John DOS PASSOS. C’est une connivence culturelle et un regard artistique sur le thème sensible et brutal de la Grande Guerre, qu’elle veut exprimer et conjuguer au féminin, dans le film « 11 ».

« En lisant ce premier roman de John Dos Passos, j’ai été frappée par le ressenti singulier de ce jeune ambulancier, futur grand écrivain Américain, sur la Première Guerre Mondiale. Loin des textes torturés, amers ou désespérés des Français, le jeune Dos Passos parle avant tout d’une découverte émerveillée de la France en 1917 : les champs de bataille sont dépeints comme des aquarelles, Paris apparaît comme un tableau fauviste, animé, foisonnant et exagérément coloré. On est saisi par les descriptions des lumières, des gens et des couleurs éclatantes retranscrites dans ce court roman par l’œil en apparence très distancié du narrateur. Alors, où sont les souffrances, l’abomination et l’inutilité de cette guerre tant dénoncée par ses malheureux combattants ? Les Américains n’ont-ils pas souffert eux aussi de cet indescriptible charnier ?

Il y a, entre deux descriptions pittoresques, de très brèves allusions à l’horreur qui font d’autant plus froid dans le dos que le livre a cette apparente légèreté. La critique de la politique est acerbe, répétée, les passages sur la mort des autres, de ceux avec qui il conversait encore la veille sont brefs mais sans appel, presque cruels dans leur sobriété. A travers un graphisme « à l’Américaine », proche des comics et éclatant de couleurs, je voudrais exprimer toute cette ambiguïté. Etant moi-même Américaine et ayant vécu l’expérience de la rencontre avec la France dans le rôle de « l’Étrangère », j’espère aussi pouvoir créer une vision particulière du Paris de 1917 et de la Grande Guerre — vivante et bariolée sans doute, mais certainement pas dénuée de respect et de considération pour tout ceux qui l’ont subie chez eux, dans leur pays.

E. Alvarado

Réalisatrice et auteur graphique de « Education d’un Homme », récit adapté du roman de John Dos Passos « Initiation d’un Homme : 1917 ».

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Pascal Rabaté

Le Colonel

Dans le monde fourmillant de la bande dessinée, c’est en pantoufle qu’il circule, confortable et sans bruit. Ses albums sont dans ce monde ce que la voiture sans permis (dont il aimerait faire collection) est dans le monde rural, guidés par son instabilité, hybrides (électrique ou essence) dans les choix artistiques et suggérant la contemplation crue des environnements humains qu’il traverse et l’inspire.

Le voyage que Pascal entreprend sur le projet « 11 » c’est celui de Céline, « Voyage au bout de la nuit ». Il apporte une lumière et une expression graphique qui s’accrochent remarquablement au verbe aiguisé et au propos cinglant de l’écrivain.

« Ce qui me plait dans le projet « 11 », c’est la nouveauté de l'expérience. L'animation m'est une pratique inconnue et le fait de me frotter à un media dont je ne connais pas grand chose m'enthousiasme. La période et la boucherie de 14/18 me fascinent et m’ont inspiré, il y a quelques années, un album sur de cette guerre, ses conséquences, ses traumatismes. Enfin et surtout, travailler sur un texte de Céline, écrivains parmi les écrivains, plume phare parmi les plumes, ça ne ce refuse pas. En mathématique, comme dans la vie, l'addition de trois positifs ne fait pas un moins. »

P. Rabaté

Auteur graphique de « Le Colonel », récit adapté du roman de Louis Ferdinand Céline, « Voyage au bout de la nuit ».

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Edmond Baudouin

Les Pinces

J’ai rencontré Edmond à Pékin. Il était debout devant un grand tableau blanc et s’imprégnait des harmonies que diffusaient deux jeunes musiciennes chinoises. Il posa alors son pinceau sur le tableau et le noir d’encre s’empara de l’espace blanc dans une valse maîtrisée de traits, de courbes, de taches. J’avais l’étrange impression que la silhouette de Baudoin disparaissait pour laisser la musique s’écrire, vibrer, s’animer spontanément en noir et blanc dans une fresque émouvante. Instant de magie inoubliable. La sensibilité d’Edmond s’imposait comme une évidence dans le projet 11 et lorsque je l’invita à créer l’univers graphique du récit d’Emilio LUSSU, il m’annonça avec son petit accent méridional : « Ce sera un instant de paix, celui que la montagne impose à l’homme… ». Le ton était donné.

J'aime marcher dans la montagne, j'aime la montagne comme la mer, j'aime ces immensités qui rendent si petit.

J'ai marché sur la frontière entre l'Italie et l'Autriche, il y a longtemps, il y avait encore des fils de fer barbelés rouillés, des ruines datant de 1914. Il y en a dans toutes les montagnes Européennes.

Chaque fois que j'ai été devant des traces de la guerre entre les hommes l'immensité était ramenée à notre petitesse, alors je regardais les sommets leur demandant de répondre à ma question : Pourquoi les hommes aiment se tuer, même dans cette paix ? Les sommets sont toujours resté silencieux.

E. Baudouin

Auteur graphique de « Les Pinces », récit adapté du roman de Emilio LUSSU , « Un anno sull’altipiano ».

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Frédéric Bézian

La Tombe de Dompierre

Lorsque je rencontrai Miriam Cendrars (fille de Blaise Cendrars) pour lui présenter le projet « 11 », je ressentais dans son propos une curiosité mêlée d’une exigence particulière pour l’adaptation graphique du verbe et de l’esprit de Blaise Cendrars. Plus qu’une illustration, elle attendait une véritable intention artistique, une réflexion qui traduiraient à la fois une sensibilité à l’œuvre écrite et l’expression de sa modernité.

Une attente que je partageais et qui trouva réponse dans les compositions graphiques de Frédéric. Un trait énergique, une expression géométrique des émotions dont les lignes s’accrochent ou s’évadent et des constructions chromatiques qui stimulent l’imaginaire autant que l’évocation. Des constructions qui affirment la sensibilité et le propos de l’artiste et proposent une lecture forte et différente de l’œuvre de Cendrars.

« Dessiner pour un écran de cinéma! Tenter, en jouant avec le graphisme et les narrations qu’il induit, de faire autre chose que du cinéma dessiné! Montrer des personnages et des décors que tout le monde connaît en leur donnant une présence que personne n’a jamais ressentie! Travailler en équipe –prestigieuse- à l’immense cohérence d’un puzzle! Concevoir la gueule d’un des onze wagons d’un train qui promet d’être beau comme le Transsibérien! Il ne faut pas que je rate ça! »

F. Bézian

Auteur graphique de « La Tombe de Dompierre », récit adapté du roman de Blaise Cendrars , « La Main Coupée ».

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Gilles Cuvelier

La Sape

L’animation est une multitude de métiers et de techniques. Dans cette profession plurielle, il y a ceux qui se spécialisent dans l’un ou l’une et ceux qui, par leurs compétences et leur potentiel artistique, portent plusieurs casquettes pour affirmer au mieux leur créativité.

Formé aux exigences et aux contraintes de l’école du court métrage, Gilles fait partie de ces derniers. Dans son parcours et ses expériences, il revendique assurément l’expression artistique. Dès le premier abord, il émane de lui une sérénité et une détermination, aucune forfanterie d’artiste, aussi son engagement sur un projet ne peut-il être perçu que comme un gage de créativité et de qualité. Le fragment de l’œuvre de Dorgelès, « Les Croix de Bois » qu’il réalisera dans le film « 11 » en sera témoin.

« Un long-métrage d'animation sur la Der des Ders... Le projet a de quoi surprendre. La Première Guerre Mondiale m'évoque inévitablement l'incroyable masse humaine sacrifiée, la boucherie sans nom des combats, l'horreur qui dure. Le film « 11 », cependant, parle d'individus, de petits bouts d'Histoire, d'un camp ou d'un autre. L'abstraction engendrée par le nombre d'hommes impliqués dans le conflit s'estompe alors pour nous remettre à l'échelle de l'Humain, qui est le fil conducteur de ce projet. »

G. Cuvelier

Réalisateur de « La Sape », récit adapté du roman de Roland Dorgelès « Les Croix de Bois ».

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Benjamin Flao

Télégramme

Le projet « 11 » ce sont avant tout des rencontres. D’idées, de talents et d’hommes. Il y a celles que l’on suscite et celles que l’on n’attendait pas et qui surprennent. Arnaud Demuynck m’incita à découvrir le travail graphique de Benjamin. Ses albums sont une révélation de sensibilité et de talents puis ce fut une rencontre rapide entre deux trains dans un bar parisien.

Sur la table, quelques esquisses de Benjamin inspirés par le récit « Télégramme » et déjà le texte et l’univers de Giono prenaient vie avec une émotion juste et précise soutenue par une identité artistique forte.

« L'onde de choc laissée par cette grande boucherie nous atteint encore. Tout ces morts étaient des gars comme nous. On le sais. ça fait froid dans le dos. Pour ma part, ça me terrifie au point que je ne crois pas que j'aurai eu la force, ni même l'idée d'aborder un jour un tel sujet. Il faut au moins la justesse et la force d'un Tardi pour plonger seul dans ce grand massacre.

Etant arrivé le dernier, j'ai pris le texte qui restait. Giono, une vielle connaissance, ça tombe bien. Il m'attendait sur son cailloux bordé de thym et de lavande, comme ces femmes qui attendent leur homme parti se faire tuer. Je resterais avec elles à guetter les nouvelles du front.

Je ne sais pas ce que sera ce film, mais il est certain qu'il sera unique en son genre. La confrontation des univers, le mélange des rythmes, des gens, des façons de faire, pour parler d'un même sujet, tout cela est suffisamment singulier pour que j'accepte. »

B. Flao

Réalisateur de « Télégramme », récit adapté du roman de Jean Giono « Le Grand Troupeau ».

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Julien Dexant

Le Colonel

Son nom se noie dans les déroulants génériques de films, généralement illisibles ou souvent tronqués par la délicatesse du programmateur ou du projectionniste qui allume la salle dès que les trois lettres F I N sont à l’écran.

Quant on sait la contribution artistique de Julien sur ces films et que l’on découvre son court-métrage « Ego sum Petrus », on est convaincu qu’il n’y a pas à laisser macérer davantage son talent dans les cuves de l’intermittence du spectacle pour lui proposer la réalisation d’un cru millésimé. En choisissant la matrice littéraire de Céline et la création graphique de Rabaté, c’est un grand cru qu’il ambitionne de faire.

« Quand j'ai lu pour la premiere fois Le voyage au bout de la Nuit, je devais avoir 16 ans. J'avais demandé à mon père s'il avait pas un bouquin à me prêter, et après un aller-retour dans sa bibliothèque, il m'a lâché ce pavé en disant : "tant que t'auras pas lu ça, t'auras rien lu..." . Bon ! J'ai donc pris la claque que tout le monde à pris en lisant ce livre, et j'ai rangé dans un coin de mon cerveau cette petite idée d'en faire, un jour, une adaptation. Evidemment, tout le monde vous dira que ce bouquin est inadaptable, et ils ont raison. Mais quand Eric Wantiez m'a parlé du projet « 11 » et que j'ai vu qu'il y avait un passage du Voyage de Céline, je ne me souviens plus très bien, mais je crois que j'ai dit : "OK".

J. Dexant

Réalisateur de « Le Colonel », récit adapté du roman « Voyage au bout de la Nuit » de Louis Ferdinand Céline.

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Cyrille Pomes

La Sape

Il ne se déplace jamais sans son carnet de croquis qu’il noircit sans cesse en tout lieu et toute circonstance. Le trait apparaît chez Cyrille, comme le prolongement spontané de ce qu’il voit, entend et ressent, n’hésitant pas à le forcer d’une expressivité très intuitive.

Quand il découvre le projet « 11 », il choisit instantanément le récit de La Sape, adapté de l’œuvre de Dorgelès. Un huis clos infernal où la violence de la guerre ne s’exprime pas dans la mitraille ni dans le sang mais dans la survivance d’un groupe d’hommes en attente.

Pour restituer les émotions des personnages le trait de Cyrille se crispe, se désarticule, se contorsionne tandis que la couleur toujours dense et vive oppose un contre-pied esthétique à la violence du contexte, pour mieux la révéler.

« Le film 11 pour moi est avant tout lié à un devoir de mémoire. Confronté comme chacun aux outrages du temps, à la mémoire qui fout le camp, je vois la nécessité de revisiter l’histoire comme faisant loi. L’idée de « redécouvrir » la Grande Guerre, non par le biais des livres d’histoire, mais au travers de témoignages d’écrivains combattants, suppose un aspect plus intime, plus proche du sujet. Comme tout le monde je crois, j’ai besoin qu’on me raconte une histoire, moins celle des grandes stratégies militaires que celle des hommes qui jonchaient les champs de bataille : leurs peurs, leurs espoirs, la fraternité qui pouvait les unir dans le chaos.

La possibilité qui m’est donnée de raconter cela, qui plus est avec (fait inédit pour moi) mes dessins en mouvement, je ne pouvais pas passer à côté. Qu’est-ce que je prétends apporter de plus que cette évidence, « la guerre est une aberration » ? Je reste convaincu, au regard des cycles de l’histoire, qu’aucune porte ouverte ne mérite d’être à nouveau enfoncée. »

C. Pomes

Auteur graphique de « La Sape », récit adapté du roman de Roland Dorgeles , « Les Croix de Bois ».

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Arnaud Demuynck

Télégramme

Arnaud fut l’un des premiers à me manifester son intérêt pour le film « 11 ». D’abord en qualité de coproducteur ( Les Films du Nord ) dont l’expérience et le catalogue révèlent la passion et l’engagement pour le travail d’auteur. Ensuite en qualité d’auteur réalisateur, porté par une sensibilité artistique affirmée sur plusieurs courts métrages et qui reconnaissait dans le récit TELEGRAMME un potentiel d’émotions et de sentiments stimulant et adapté à sa créativité.

Accoutumé de cette double implication, Arnaud conjuguera dans le film « 11 » non seulement la responsabilité et la sensibilité, mais également le partage d’une œuvre collective et la complicité avec Benjamin Flao, qu’il choisit comme auteur graphique.

« L’attente et l’absence sont une caisse de résonnance pour la souffrance. Pourtant, quand on a la « chance » d’être du côté de la vie, loin des tranchées et de l’obscurité des flammes, il faut avoir la force de célébrer la lumière et garder la dignité de l’espoir au nom de ceux qui souffrent au feu. Sous le soleil de Provence, deux jeunes femmes, une fiancée et une mère, attendent des nouvelles de leur homme au front. Dans le silence elles auront à accueillir la pire des missives.

Ce Télégramme est une des onze histoires du long métrage collectif sur la Grande Guerre. Il y a quelques années, j’ai réalisé un court métrage, Signes de vie, où une jeune femme devait accepter la disparition de son mari et puiser, après une nuit de désespoir, la force de retrouver le chemin de la vie. Encore une fois, dans ONZE, j’aurai à mettre en scène la force de l’être qui « reste » et qui doit accepter dans la dignité, par amour, la cruauté de l’existence, au nom de ceux qui n’ont pas eu la chance de poursuivre la leur. »

A. Demuynck

Réalisteur de « Télégramme », récit adapté du roman de Jean GIONO, « LE GRAND TROUPEAU ».

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Danièla Natcheva

Les Pinces

« D’origine bulgare, je vis en France depuis de nombreuses années. Quand je retourne en Bulgarie, où vit toujours ma mère, je préfère prendre ma route sans me presser. J’aime à m’arrêter et me plonger dans les paysages qui s’enchainent : Italie, Slovénie, Serbie… Ecouter la sonorité des langues qui s’enchainent elles aussi. Une continuité qui suit sa logique comme les montagnes qui se suivent tout au long de cette route jusqu’à la mer Noire.

Je ne connais pas la guerre, mais ma route, elle, l’a connue il n’y a pas si longtemps encore.

Puis, récemment, j’ai eu la proposition de faire partie du projet 11 et de réaliser un film sur la Grande Guerre. J’avoue, j’ai eu besoin de temps pour me décider. J’ai pris connaissance du récit d’Emilio Lussu, un témoignage bouleversant, un livre à part. Sans rage, sans colère, il nous montre qu’on peut malgré tout rester humain au cœur de l’inhumanité. Son regard est porté sur les hommes, leur être profond et leur désarroi face au renversement des valeurs que la guerre autorise. Cette Europe déchirée par la guerre il y a un siècle et qui, aujourd’hui est sur la voie de la fraternité. En tout cas, on l’espère.

Oui, avec ce projet, je retourne encore une fois sur ma route, cette fois pour m’arrêter quelque part entre l’Italie, la Slovénie et l’Autriche, dans la vallée d’Asiago au pied du Monte Fior. »

D. Natcheva

Réalisatrice de « Les Pinces », récit adapté du roman de Emilio LUSSU , « Les Hommes Contre ».

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Satjit Matharu

The Square Egg

Ce sont onze histoires écrites par des écrivains combattants de la Première Guerre Mondiale qui sont ici rassemblées sous forme de long-métrage en 2d, montrant combien l’homme, confronté à la guerre, à de terribles souffrances et à la mort, est déterminé à survivre coûte que coûte. C’est un hymne à la vie dans ce que la guerre a de plus atroce. Les écrivains sont tous de nationalités différentes, et chacun a sa vision personnelle de ce que survivre veut dire. Le choix de réunir plusieurs réalisateurs, dont la tâche est de faire vivre ces histoires, enrichit d’autant plus ce projet. C’est parce que des hommes ont tous ensemble unis leurs efforts que l’humanité a pu survivre au cours de cette Première Guerre Mondiale. Et le film « 11 », dans sa conception même, se fait l’écho de cette idée.

THE SQUARE EGG, de l’écrivain britannique H.H. Munro (Saki) est une histoire délicieusement non conformiste. Elle met en scène une situation apparemment insensée où se côtoient l’humour et l’absurde, la guerre et la vie. .La guerre détruit tout mais les hommes inventent des moyens pour survivre dans cette histoire à la fois absurde et d’une grande drôlerie.

Il y a dans l’histoire deux personnages fascinants qui vont pouvoir être exploités de façon intéressante. Avec la liberté que donne l’animation 2d, ils peuvent prendre vie sous une forme à la fois réaliste et fantastique, et s’offre à eux un large choix d’actions qu’aucun autre medium n’aurait pu permettre. Les scènes se passent dans un village à moitié détruit, sorte de représentation visuelle de l’état des hommes et de la société abîmés par la guerre. La neige, la brume, la boue et la fumée estompent progressivement les contours, le décor devient flou, tout comme l’esprit humain devant une situation absurde qu’il essaie de comprendre par le biais de l’humour.

THE SQUARE EGG est une métaphore des tourments de l’âme humaine confrontée à la guerre ou plus simplement le récit d’une pointe d’esprit dans une situation aussi improbable que la guerre. Saki parle de soldats de nationalités diverses. Parmi eux se trouvent des soldats indiens qui portent des turbans et que l’on appelle la Cavalerie Sikh. Appartenant moi-même à la communauté Sikh et à cette culture, cette histoire me touche particulièrement. Elle garde le souvenir de ces soldats des quatre coins du monde, réunis pour servir ensemble la cause des hommes.

S. Matharu

Auteur graphique de « The Square Egg », récit adapté du roman de H.H. Munro (Saki).

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