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Les Auteurs Littéraires

Ils sont nombreux, témoins romanciers ou romanciers témoins, à avoir pris la plume. Pour la majorité d’entre eux, ce fut bien des années après le conflit. Reconstituer les morceaux du traumatisme vécu, décrire l’indescriptible d’une réalité inavouable et falsifiée par la propagande, construire le roman qui ne sera jamais qu’une interprétation, une adaptation, en quelque sorte une trahison : les effets du temps étaient nécessaires. Pour certains, écrire, c’était tuer une seconde fois ceux qu’ils ont vus tomber à leurs cotés, mais il le fallait. Il fallait écrire, pour ne pas laisser qu’aux autres, les responsables, les menteurs, le loisir de bramer les vertus de l’héroïsme qu’ils n’ont pas eu, de tromper encore une fois les vivants et d’assassiner la mémoire des victimes.

« 11 » est une référence symbolique ; celle de la paix de 11 heures, signée le 11ème jour du 11ème mois de 1918, qui mettait fin à la Grande Guerre.

« 11 » est la référence structurelle du film : 11 récits, 11 réalisateurs, 11 univers graphiques.

11 récits choisis parmi 11 romans, dont la sélection des œuvres et des auteurs nous a été guidée par trois critères essentiels :

Ces critères pouvaient conduire à d’autres choix, et d’autres critères pouvaient être retenus. C’est une évidence, il y a encore tant à dire, à montrer, à révéler.

GABRIEL CHEVALLIER

France (1895 – 1969)

Gabriel CHEVALLIER a 19 ans en 1914, quand la guerre éclate. Il s’engage dès le premier jour. Simple soldat dans l’infanterie, il est blessé après un an de guerre, pendant la bataille d’Artois. Après un séjour à l’hôpital il retrouve les tranchées. Il y reste jusqu’à la fin de la guerre, au Chemin des Dames et dans les Vosges.

4 ans de peur, 4 ans de souffrance qu’il décrit en 1930 dans « La Peur », un roman largement autobiographique. Son but est de « déshonorer la guerre et ainsi éviter le retour d’un fléau dont j’avais vu de près l’inanité. »

Le livre est très mal accueilli par l’armée et par bon nombre de gens, mais les anciens combattants d’infanterie y voient un des livres les plus vrais jamais écrit sur la guerre.

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LOUIS-FERDINAND CELINE

France (1894 – 1961)

En 1912, à l’âge de 18 ans, il s’engage dans les cuirassiers. A la déclaration de guerre, il est maréchal des logis et participe aux premiers combats en Flandre. A l’automne 14, il est gravement blessé au bras et à le tympan abîmé. Déclaré inapte au combat et handicapé à 70%, il est rapidement réformé.

Son expérience de la guerre, qu’il raconte au début de son chef d’œuvre « Voyage au Bout de la Nuit » joue un grand rôle dans la formation de son pacifisme et de son pessimisme.

Le « Voyage au Bout de la Nuit » est paru en 1932. Premier live de Céline, qui y dénonce la folie et l’absurdité du monde, il rate le Goncourt pour deux voix, mais obtient le prix Renaudot.

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ROLAND DORGELES

France (1885 – 1973)

Roland Dorgelès, pseudonyme de Roland Lecavelé. Journaliste, il fréquente les cercles littéraires et artistiques lorsque éclate la guerre. Il a 29 ans.

Bien que réformé, il s’engage dans l’infanterie et obtient rapidement le grade de caporal. Blessé dès 1915, il devient instructeur dans l’aviation. Pendant son temps libre, entre deux instructions, il écrit ce qui sera son œuvre maîtresse : « Les Croix de Bois ».

Témoignage juste et précis de ce qu’a vécu Dorgelès, « Les Croix de Bois » décrit simplement la vie quotidienne et la mort des hommes dans les tranchées. C’est un grand livre pacifiste paru en 1919 qui connaît aussitôt un succès phénoménal. Il est battu de deux voix pour le prix Goncourt par « A l’Ombre des Jeunes Filles en Fleur » de Proust, mais obtient le prix Femina.

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FREDERIC MANNING

Royaume Uni (1882 – 1935)

Frédéric Manning est né en Australie. Lorsque la guerre éclate, il est installé en Angleterre et a déjà publié trois livres. Sa constitution fragile l’empêche de s’engager : il n’y parvient qu’après plusieurs tentatives en 1915.

Envoyé en France en 1916, comme simple soldat d’infanterie, sous le matricule 19022. Il participe à la bataille de la Somme. En 1917, il est transféré en Irlande pour devenir officier. Mais cette vie ne lui convient pas : il sombre dans la neurasthénie, sans doute victime de ce qu’il a vu et vécu dans les tranchées. Il quitte l’armée en février 1918.

« Private 19022 : Her Private We », en français « Nous Etions des Hommes » paraît en 1930. Longtemps censuré, ce livre oublié était considéré par Lawrence d’Arabie comme l’un des meilleurs romans sur la guerre jamais écrit.

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EMILIO LUSSU

Italie (1890 -1975)

Emilio Lussu est né en Sardaigne. En 1914, il est dans le camp des interventionnistes prônant l’entrée en guerre de l’Italie contre l’Allemagne et l’Autriche.

Quand l’Italie entre en guerre, il est envoyé, en tant qu’officier de réserve, sur les collines d’Asiago. Il y participe à des combats très violents et particulièrement sanglants. Il y restera un an.

Pacifiste et antifasciste, persécuté politique, Emilio Lussu écrit, en 1936, « Un Anno sull’ Altiplano », « Les Hommes Contre » en français. Il doit attendre 1938 pour le publier à Paris où il est en exil. Ce roman décrit l’irrationnel, le non sens et la folie, non seulement de la guerre, mais aussi de la discipline et du commandement. Le livre ne sort en Italie qu’en 1945.

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JEAN GIONO

France (1895 – 1970)

Jean Giono est employé de banque lorsque la guerre éclate. Il part au front en tant qu’officier en 1915. C’est Verdun, le Mont Kemmel, le Chemin des dames… Il est légèrement gazé aux yeux.

Profondément traumatisé par la guerre, il devient un pacifiste intégral. Son expérience dans les tranchées l’a marquée à jamais : il ne peut pas oublier la guerre. Militant pour la paix, son engagement le conduit à appeler au refus d’obéissance avant la deuxième guerre mondiale.

« Le Grand Troupeau » paraît en 1931. Giono plonge dans ses souvenirs pour écrire un grand réquisitoire contre la guerre. Dans ce roman, le front et l’arrière sont juxtaposés, enchevêtrés, même. La guerre est violence, horreur et cruauté pour tous et partout.

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MAX DEAUVILLE

Belgique (1881 – 1966)

Max Deauville est le pseudonyme de Maurice Duwez. Il est médecin et écrivain lorsque éclate la guerre. Il participe à la retraite sur Dixmude puis est médecin au front jusqu’en mai 1915.

Il est gazé et atteint de la fièvre des tranchées, une maladie transmise par les poux. Après sa guérison, il est médecin à l’arrière, en Bretagne. En 1918, il rejoint l’aérostation militaire jusqu’à sa démobilisation en décembre 1918.

« La Boue des Flandres » est paru en 1922. Max Deauville, observateur attentif, au témoignage fidèle et précis y pose un regard poignant sur la guerre qu’il a vécue et dont il fut aussi bien acteur que spectateur. Sa peinture de la retraite et de la vie au tranchée, souvent ironique, est empreinte d’une certaine philosophie désabusée.

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JOHN DOS PASSOS

Etats-Unis (1896 – 1970)

En 1916, le jeune américain est en Espagne où il étudie la peinture et l’architecture.

Les Etats-Unis ne sont pas encore entrés en guerre lorsqu’il s’engage, en juillet 1917, dans le corps des ambulanciers volontaires : il a envie de voir par lui-même, de s’initier en se jetant dans la grande fournaise. Il servira en France et en Italie.

En 1920, il publie son premier ouvrage, « Initiation d’un Homme : 1917 ». Très autobiographique, ce roman d’inspiration pacifiste dénonce la guerre. Avec le héros, on découvre, un peu comme un touriste l’atrocité et l’absurdité du conflit mondial. Dans ce livre, John Dos Passos développe déjà les grands thèmes de prédilection de son œuvre future : la dénonciation des fausses valeurs de nos sociétés et de la duperie de leur morale.

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BLAISE CENDRARS

Suisse, France (1887 – 1961)

Blaise Cendrars, de son vrai nom Louis Sauser, est né en Suisse. Dès le début de la guerre, il lance un appel à l’engagement aux artistes étrangers vivant en France. Lui-même s’enrôle dans la légion étrangère. Il y sert jusqu’en septembre 1915, date à laquelle il est grièvement blessé au bras droit. On doit l’amputer.

« La Main Coupée » est publié en 1946. C’est le deuxième livre d’une tétralogie de Mémoires. Au fil des chapitres, on rencontre les camarades de combat de Cendrars. Au fil des souvenirs on découvre l’immense camaraderie qui liait les combattants.

Avec beaucoup d’amour et de compassion, plus de 30 ans après, Cendrars fait revivre ces hommes. Lucidité, tendresse, humour aussi, font de ces portraits si proches de l’humain, des pages inoubliables, d’une incroyable force littéraire.

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ARNOLD ZWEIG

Allemagne (1887 – 1968)

Arnold Zweig s’engage en 1914 comme simple soldat d’infanterie. Il combat en France, en Serbie et en Hongrie.

Le « judenzählung », recensement des combattants juifs dans l’armée allemande, ébranle son patriotisme. La vie dans les tranchées achève de le transformer en activiste pacifiste. En 1918, il est versé dans le service de presse du Grand Quartier Général.

« Education Héroïque Devant Verdun », paru en 1935, est le 3° volet d’une tétralogie, « La Grande Guerre des Hommes Blancs » débutée en 1927. Le livre raconte les deux ans passés devant Verdun par Bertin, un combattant juif allemand, écrivain dans le civil. On y découvre une très violente critique de la discipline et du fonctionnement de l’armée et une dénonciation virulente de l’absurdité de la guerre.

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HECTOR HUGH MUNRO aka Saki

Grande-Bretagne (1870 – 1916)

« Eteignez cette cigarette, nom de Dieu ! » Ces mots sont les derniers prononcés par H.H. Munro avant d’être fauché par une rafale dans les tranchées de la Somme en 1916.

L’ironie macabre de cette dernière réplique semblerait tirée d’une de ses nouvelles. HH Munro, connu sous le pseudonyme de Saki, est un écrivain satirique de l’Angleterre victorienne. Il s’engagea comme volontaire dans les troupes britanniques en 1914, à l’âge de 44 ans.

Son vécu de la Grande Guerre, lui inspire quelques nouvelles dont « The Square Egg ». Malgré le contexte dans lequel il l’écrit, cette nouvelle reste conforme à son style, imprégnée de son trait satirique et pétillant d’humour, de son verbe mordant et caustique qui confèrent à l’anecdote une vitalité saisissante et décalée de la réalité de cette guerre.

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